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Brev fra Johannes Kneppelhout til H.C. Andersen 31. oktober 1847

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Dato: 31. oktober 1847
Fra: Johannes Kneppelhout   Til: H.C. Andersen
Sprog: fransk.

Ma foi, mon cher Monsieur, je ne sais où vous êtes, mais sans le moindre doute ma lettre vous parviendra tôt ou tard, si je l'adresse à Koppenhague, et c'est ce que je fais. J'ai eu bien à faire depuis votre séjour a la Haye; c'est pourquoi j'ai resisté si longtemps au désir que j'avais de me montrer sensible a votre amiable billet de Londres, ou vous avez passe des jours si remplis de prevenances et d'hommages, autant gâté des grands que vous êtes! Quant a moi, je me suis fait un autre genre de bonheur, mais que vous apprecierez; je viens d'acheter une jolie terre pres d' Arnhem, et je vous engage fortement à venir y passer quelque, temps lorsque vous reviendrez vers nous; afin de donner quelque illustration à un petit coin, célèbre jusqu'ici pour offrir le plus beau coup-d'oeil, dit-on, de notre pays et y repandre un peu de la poesie dont vous êtes plein et de l'esprit aimable et distingué que nous avons appris à estimer. En attendant donnez-moi quelquefois de vos nouvelles et n'oubliez pas surtout à me dire, si vos forces ont augmenté et si votre santé s’est raffermié. Des éminences aussi précieuses doivent doublement prendre garde à leur conservation. Votre bon souvenir ne me quitte pas et ma femme regrette toujours d'avoir manqué de vous voir; l'autre jour même elle se trouvait tellement préoccupée de vos Mährchen qu'elle a voulu trouver le sujet d'un conte dans son voile de crèpe (elle port encore le deuil de son père) qui s'attachait continuellement, soit par le vent, soit par quelque léger attouchement, car nous nous promenions ensemble et elle me donnait le bras, qui, dis-je, s'attachait sans cesse au velours de mon paletot, ce qui n'est pas bien surprenant pour qui se souvient des proprietes de ces étoffes. "Le crèpe", dit-elle "c'est le deuil, c'est la tristesse, c'est la douleur humble et résignée; le velours, c'est le monde, le luxe, la grandeur, l'orgueil, s'il est peut-être quelquefois le deuil aussi, c'est un deuil bien mondain, bien peu sincere, et voila mon pauvre crèpe qui se cramponne incessament à ton velours. Oh! quel beau conte Andersen ne ferait-il pas avec cette idee et quelles conversations il leur ferait tenir!"

J'oubilais de vous dire que mon voisin a la campagne est M. de &s Gravensweert; ainsi done, si vous nous faisiez l'hon[neurJ de venir nous y trouver, vous y seriez tOut de suite en pays de connaissance. Dernierement j'ai fait sa connaissance sur le chemin de fer. Mais adieu, si vous m'écrivez donnez-moi quelques détails sur votre voyage en Belgique et croyez-moi de tout mon creur,

Votre dévoué

J. Kneppelhout

Tekst fra: H.C. Andersens Hus